{Entreprendre autrement} À la rencontre d’Aneta, fondatrice d’À la source (épicerie locavore et zéro déchet)

À la source, c’est une épicerie qui veut nous faire changer nos habitudes alimentaires. Dans quelques jours, elle va enfin ouvrir ses portes dans le 3ème arrondissement de Lyon. Au programme: des produits bio, locaux, vendus sans emballage, mais aussi un espace atelier dédié au partage, à l’échange et à la réflexion sur des thématiques écologiques. Aneta a accepté de nous en dire plus sur son projet, les raisons pour lesquelles elle a souhaité entreprendre autrement et sa campagne de crowdfunding en cours.

 

Bonjour Aneta, quand et pourquoi as-tu décidé de lancer le projet A la Source?

Mon parcours de formation (licence en langues, économie-gestion, master en management des organisations et un deuxième en management des ressources humaines) et mes expériences professionnelles (principalement en tant que cadre RH) m’ont permis d’acquérir et de développer les bonnes méthodologies, outils, compétences et réflexes en création, gestion et développement d’entreprise. J’ai aussi depuis toujours voulu créer une entreprise, être mon propre patron…

C’est à la suite d’un événement personnel (j’ai perdu toutes mes affaires dans un déménagement à l’autre bout de la France) et professionnel (la perte de l’emploi pour lequel j’ai déménagé) que j’ai pris conscience de beaucoup de choses et saisi l’opportunité de me lancer dans la création d’une entreprise. Je n’avais plus rien à perdre, alors pourquoi ne pas prendre ce risque :)?

Je mangeais déjà bio, local et de saison. Et la perte de mes affaires, de mon emploi, de mes repères etc… m’a poussé à repartir de zéro. J’ai repensé ma consommation, je suis devenue plus minimaliste que matérialiste, et de fil en aiguille j’ai commencé à m’intéresser à l’écologie et l’impact de nos choix de consommation de tous les jours sur la planète. C’est pour cette raison que j’ai voulu proposer un lieu où d’autres personnes comme moi, soucieuses de l’environnement et qui souhaitent manger sainement, puissent faire leurs courses sans … culpabilité.  L’idée d’une épicerie locavore zéro déchet était née.

C’est aussi un challenge personnel et professionnel, que de changer de domaine, de métier, de cadre… et d’en créer un nouveau. J’ai aussi voulu donner naissance à un concept qui  n’existe pas encore. Et surtout prouver à moi-même et ceux qui hésitent à se lancer dans l’entrepreneuriat, que l’on peut réussir malgré plusieurs freins et contraintes de départ : 0 euro sur son compte-épargne, 0 expérience dans le domaine, 0 réseau dans le domaine, 0 crédibilité aux yeux des banquiers, un jeune âge, le fait qu’on soit femme et étrangère… J’ai mis 2 ans à aboutir, au risque de me faire devancer par certains (même si, pour le moment, ce n’est pas le cas: plusieurs concepts sont trop vite décrits comme « zéro déchet » sans l’être vraiment…)

 

 

Quels sont les spécificités d’À la source? En quoi cette épicerie sera-t-elle unique?

À la Source est tout d’abord une épicerie locavore et zéro déchet, c’est à dire qu’elle agit sur la réduction des déchets par une consommation plus locale.

Du côté « locavore », on propose des produits bio (ou en reconversion), issus de production locale (<200km autour de Lyon), achetés en circuits courts. Et dans le magasin ils seront classés en fonction de la distance qu’ils auront parcourue. A l’entrée, on trouvera des produits très très locaux (produits frais, fruits et légumes, pains, fromages, oeufs etc…), plus loin les produits seront français mais surtout en favorisant la région (céréales, légumineuses, sauces, miels… tout ce qui se conserve mieux) et tout au fond on aura « les exceptions Marco Polo » (tels que chocolats, thés, cafés, épices, fruits secs…) qui seront « équitables ». Comme ça le choix en fonction de la provenance sera facilité et mettra en valeur les produits français.

Du côté « zéro déchet », l’épicerie agit à la fois sur vos déchets et sur les siens. Je proposerai des produits vendus en vrac, en liquide, à la coupe ou dans des contenants consignés : fruits et légumes de saison , produits frais, produits secs (sucrés, salés), boissons, condiments, produits d’entretien et d’hygiène etc…  Le magasin aura également tout un rayon de produits facilitant la pratique du « zéro déchet », comme des sacs à vrac,  divers bouteilles et bocaux, des gourdes en inox,  des lingettes lavables, des mouchoirs en tissus, des cups… et pleins d’autres accessoires écologiques et durables.

A la différence des autres magasins écoresponsables, qui vendent du vrac ou prônent la consommation « zéro déchet », A la Source pratiquera elle-même le zéro déchet : le magasin se veut être le moins pollueur possible en ne jetant aucun emballage, même pas à la benne de recyclage 🙂 L’objectif est de considérer les déchets / emballages comme des matières premières.

Grâce aux ateliers do it yourself, upcycling, créatifs etc, on réussira à transformer les déchets en objets décoratifs par exemple, mais pas que. L’objectif est aussi de sensibiliser nos clients à l’impact des emballages, pas seulement ceux qui sont visibles par le client (car en consommant en vrac il voit pas d’emballage) mais aussi ceux générés par un commerce (même dans une épicerie vrac, les produits arrivent emballés et on retrouve même du plastique).

C’est pour cela que je préfère parler plutôt d’économie circulaire: on ne jettera rien, on transformera et travaillera avec des partenaires (entreprises, associationss) qui veulent aussi se fournir en matières premières chez nous pour leurs ateliers 🙂
Alors, tu connais des épiceries qui font ça ? 🙂 Il n’y en a pas vraiment…

 

Pour finaliser l’ouverture d’À la source, tu as lancé une campagne de crowdfunding. A quoi va-t-elle servir? Pourquoi avoir choisi de l’organiser sur la plateforme Miimosa?

Cette campagne doit aider à l’aménagement de l’espace atelier du magasin. Grâce à cet espace, l’épicerie deviendra réellement zéro déchet et réussira son objectif de sensibilisation aux déchets en organisant des ateliers, des mini-conférences, projections films/débats et soirées zéro déchet. Cet espace pourra également accueillir divers partenaires qui souhaitent animer des ateliers ou faire une réunion.

L’objectif a été fixé à 8500 euros car on a besoin à la fois de mobilier modulable (pour qu’il soit adaptables aux circonstances), d’un équipement audio et informatique, de supports pédagogiques mais aussi de machines à coudre et autre matériel pour les ateliers créatifs.

Cette campagne a également un objectif de communication: elle permet d’annoncer l’ouverture imminente de l’épicerie.

Lors du démarrage du projet, j’avais mené une première campagne de crowdfunding qui a été un grand succès puisque 90% des contributeurs m’étaient inconnus. Le bouche à oreille a très bien fonctionné et le « zéro déchet » commençait doucement à faire parler de lui.  Elle a permis de s’équiper d’un comptoir caisse et de sa caisse et d’une banque réfrigérée.

Tout s’était très bien passé avec Kisskissbankbank (la première plateforme), mais cette fois-ci j’ai choisi Miimosa, une plateforme qui défend des valeurs similaires à celles du projet et qui est spécialisée dans l’agriculture et l’alimentation. Autre petit avantage de Miimosa : le seuil de déblocage des fonds est de 60% et non 100%. Ce qui permet de ne pas tout perdre si l’objectif fixé n’est pas tout à fait atteint.
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Vous aussi vous entreprenez autrement? Vous avez envie de parler de votre projet et de contribuer à enrichir cette rubrique? N’hésitez pas à me contacter!

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